Derrière les images, le son raconte sa propre histoire. Bassiste, régisseur, puis mixeur : Vincent a traversé bien des univers avant de signer le son de « Rien ni Personne » — le film de Galien Guibert produit par Olivier Berne et mixé dans notre auditorium A.
Vincent, quel a été ton parcours et qu’est-ce qui te passionne le plus dans ce métier ?
Je viens de la musique, j’étais bassiste et contrebassiste de jazz. J’ai été formé au CIM à Paris et au conservatoire, et j’ai joué dans plusieurs groupes. Mais ce qui m’a toujours obsédé, c’est le son. Même à 13 ans, j’étais déjà celui qui disait à ses potes en répétition « change ton son ».
Après un détour par la régie dans la pub et le clip, je me suis recentré sur le son. J’ai monté un premier studio avec des amis, puis j’ai mixé mes premiers courts-métrages, jusqu’à devenir monteur son, mixeur, parfois compositeur. Ce qui me passionne, c’est de servir le propos, de raconter avec les sons, de trouver ce qui fait vivre l’image au-delà du visuel. J’aime comprendre comment des gens qui ne se connaissent pas créent quelque chose ensemble, et comment le son donne cohérence et relief à tout ça. Et puis il y a ce frisson, ce moment où tout se met à vibrer juste — c’est ça que je cherche. Le son est pour moi une matière vivante, et c’est en le sculptant qu’on révèle une émotion.
Comment abordes-tu un projet sonore en fonction du format (film, musique, publicité) ?
Je ne travaille jamais deux projets de la même façon. Je change tout le temps de plug-ins, d’outils, même pour des projets similaires. Le format impose certaines contraintes, mais c’est surtout le projet en lui-même qui me dicte une approche. Chaque histoire a sa propre musicalité, son propre tempo, et il faut s’y adapter.
Ce que je cherche, c’est toujours une forme de justesse et de cohérence sonore, propre à chaque œuvre. Et parfois, il faut savoir bousculer les habitudes pour trouver ce point d’équilibre inattendu qui fait décoller une scène. C’est un travail de funambule : garder l’émotion tout en étant précis techniquement.
« C’est un film d’ambiance, où les décors jouent un vrai rôle narratif. »
Tu as récemment mixé le long métrage « Rien Ni Personne » dans notre auditorium A. Peux-tu nous parler de ce projet et de ton rôle sur ce film ?
J’ai été preneur de son et mixeur sur le film. J’ai donc connu la matière sonore très en amont, dès le tournage. C’est un film d’ambiance, où les décors jouent un vrai rôle narratif. L’enjeu était de trouver le bon équilibre entre le personnage et ces grands espaces visuels.
L’auditorium nous a permis de prendre ce recul, de réfléchir à la place du son dans cette architecture. Ce temps en immersion a permis une vraie bulle de création. On était concentrés, disponibles, en confiance — c’est précieux pour aller au bout d’un projet comme celui-là. Ce contexte a vraiment nourri la manière dont on a pu travailler la texture sonore du film.
Y a-t-il des séquences dont tu es particulièrement fier ?
Ce que je trouve vraiment réussi, c’est l’ambiance générale du film. On a réussi à faire vivre tous les décors, et on a gardé ce qui les lie avec le personnage principal. Le spectateur n’est jamais enfermé, mais il est toujours connecté à ce qui se joue émotionnellement à l’écran.
Et c’est ce mélange d’immersion et de proximité qui me semble le plus fort dans ce qu’on a produit. C’est subtil, mais ça fait toute la différence pour que notre personnage parte dans sa fuite en avant bouffé par lui même, dans ces décors qui l’enveloppent.
Quelles fonctionnalités de l’auditorium t’ont été utiles pour le mixage de « Rien Ni Personne » ?
L’auditorium est juste. Il sonne bien. Il est calibré par Serge Arthus, qui connaît la salle de cinéma mieux que quiconque. Quand tu bosses ici, tu sais que ce que tu entends sera fidèlement retranscrit ailleurs. Et pour un mixeur, c’est vital : on travaille bien seulement quand on peut faire confiance à l’espace dans lequel on est.
C’est cette fiabilité qui permet d’aller au bout de ses choix créatifs. Et puis l’équipe des studios est top, disponible, ce qui rend l’expérience encore plus agréable. On se sent épaulé, ce qui est essentiel pour se concentrer pleinement sur la création.
« La console S6 est un standard. »
Qu’est-ce qui distingue notre console AVID S6 des autres consoles que tu as pu utiliser ?
La S6, c’est un standard. Elle est flexible. J’ai commencé le film ici, je l’ai continué ailleurs, puis repris chez vous. Elle me permet de travailler par étapes, de façon modulaire.
Elle rend possible une continuité de travail malgré le changement de lieu, ce qui est précieux aujourd’hui. Et puis elle s’intègre naturellement à notre workflow, ce qui évite les pertes de temps et les ajustements techniques incessants. C’est un vrai outil de fluidité. Elle accompagne vraiment le geste du mixeur, sans jamais le contraindre.
Pour un projet cinéma, quels sont selon toi les avantages du mix 5.1 ?
Le 5.1 permet de plonger le spectateur dans une spatialité plus riche, de raconter autrement. Ce n’est pas une question de démonstration, mais de narration.
On peut respirer différemment dans l’espace, faire vivre les silences, créer de l’ampleur ou de l’intimité en fonction des besoins du film. C’est un vrai levier pour l’émotion et le rythme. C’est aussi une manière de respecter le travail des autres corps de métier, en leur donnant une place sonore à part entière. Le son devient alors un partenaire de jeu, pas juste un habillage.
Pour terminer, quelles tendances vois-tu émerger dans le monde du son et du mixage ?
On ne travaille plus en bloc, dans une seule salle pendant quatre ou six semaines. On avance par touches, dans différents lieux, avec différents outils. Les salles comme la vôtre, bien équipées et modulables, sont idéales pour ça. Elles permettent de démarrer un projet, de le poursuivre ailleurs, d’y revenir pour finaliser.
Il y a aussi une tendance à la spécialisation : un mixeur pour les sons de voitures, un autre pour les ambiances naturelles… Une approche plus collaborative, plus fluide, à l’américaine. Et dans ce modèle, un auditorium comme celui des Studios de l’Ouest peut devenir un véritable hub de mixage. Ce fonctionnement hybride est en train de s’imposer comme un nouveau standard. Il ouvre des perspectives passionnantes. Le son devient un langage collectif, plus ouvert, plus mobile.